Observations générales sur la criminologie
1. Caractère pluridisciplinaire de la criminologie
La criminologie étudie l'action criminelle en combinant plusieurs disciplines :
| Discipline | Objet d'étude |
|---|---|
| Biologie criminelle | Facteurs anatomiques, physiologiques, biochimiques, génétiques liés à la criminalité |
| Sociologie criminelle | Environnement et milieu social du délinquant |
| Psychologie criminelle | Personnalité, intelligence, aptitudes morales et sociales des délinquants |
La criminologie est une discipline pluridisciplinaire qui synthétise des connaissances hétérogènes issues de domaines variés.
2. Remarques lexicales
- Action criminelle = phénomène individuel (crime) + phénomène collectif (criminalité).
- Criminalité : ensemble des infractions pénales sur une période et un territoire donnés (macro-criminologie, approche statistique).
- Crime : acte contraire à la loi pénale, commis à un moment et lieu précis, pouvant avoir une ou plusieurs victimes (micro-criminologie, approche clinique).
- En criminologie, les termes infraction, crime, délit sont souvent employés indifféremment, contrairement au droit pénal qui les distingue selon la gravité (contraventions < délits < crimes).
La définition criminologique est plus large et souple que celle du droit pénal.
3. Définitions de la criminologie
| Type de définition | Description | Auteur(s) / Exemple |
|---|---|---|
| Science du crime | Étude du phénomène criminel dans sa globalité | Définition classique |
| Sociologie criminelle | Science nouvelle regroupant sciences criminelles et droit pénal | Enrico Ferri, Edwin Sutherland |
| Définition restrictive | Séparation claire entre criminologie, criminalistique (preuve) et pénologie (peines) | Jean Pinatel |
| Science et profession | Criminologie comme science et pratique professionnelle | École de criminologie de Montréal |
4. Conceptions de la criminologie
- Focus sur le criminel : Cesare Lombroso (XIXe siècle) défend la théorie du criminel né, avec des caractéristiques physiques révélatrices.
- Focus sur le crime : Émile Durkheim considère le crime comme un fait social spécifique.
- Science du délit et du délinquant : Enrico Ferri souligne que la criminologie étudie à la fois le rapport juridique (délit) et son auteur (délinquant).
5. Études des causes et processus criminels
- Étiologie criminelle : étude des causes du passage à l'acte, apogée avant la Seconde Guerre mondiale (ex. Gabriel Tarde, Alexandre Lacassagne).
- Criminogenèse : terme forgé par Étienne de Greeff dans les années 1950, désignant l'enchaînement des événements conduisant au passage à l'acte.
- Critique : cette approche peut essentialiser le criminel, le présentant comme fondamentalement différent.
6. Criminologie de la réaction sociale
- Apparue dans les années 1960, elle considère le crime comme une construction sociale issue des normes et sanctions en vigueur.
- La réaction sociale (via l'appareil judiciaire et répressif) stigmatiserait les déviants, les transformant en délinquants.
- Critiques : tendance à relativiser la réalité de la délinquance et à critiquer excessivement les institutions pénales.
La criminologie a évolué d'une étude centrée sur le passage à l'acte vers une analyse de la réaction sociale face à la délinquance.
Les frontières de la criminologie
1. Différences entre droit pénal et criminologie
| Critère | Droit pénal | Criminologie |
|---|---|---|
| Nature | Normatif | Empirique |
| Objectif | Dire ce qui doit être, imposer des règles et sanctions | Observer ce qui est, comprendre l'action criminelle |
| Méthodes | Raisonnement juridique, qualification, interprétation | Méthodes des sciences sociales : sondages, enquêtes, analyses statistiques, observation participante |
| Sources | Textes légaux, jurisprudence | Sources universitaires, journalistiques, littéraires |
2. Frontières avec la victimologie
- Criminologie : science du crime, étude de l'acte criminel.
- Victimologie : science de la victime, étude des conséquences de l'acte criminel sur la victime et des effets du système pénal sur elle.
- La victimologie analyse la victimisation primaire (directe) et la victimisation secondaire (causée par le fonctionnement de la police et de la justice).
La victimologie complète la criminologie en se concentrant sur la personne affectée par le crime et les impacts du système pénal.
3. Frontières avec la pénologie
- La pénologie est la science des peines (du latin poena = peine, grec logos = discours).
- Elle étudie :
- La nomenclature des peines,
- Leur fixation,
- Leur exécution,
- Leur extinction.
- Issue de la science pénitentiaire (peines privatives de liberté), elle englobe aussi les peines non privatives de liberté et les mesures de sûreté.
- L'étude des peines privatives de liberté est parfois appelée carcérologie.
4. Frontières avec la criminalistique
| Aspect | Criminologie | Criminalistique |
|---|---|---|
| Objectif | Comprendre globalement l'action criminelle | Établir l'effet constitutif de l'infraction, recueil des preuves |
| Méthodes | Analyse sociale, statistique, observation | Techniques médico-légales, police scientifique, anthropologie, psychologie judiciaire |
| Finalité | Compréhension globale | Objectif probatoire ponctuel |
| Domaine | Sciences sociales | Procédure pénale (administration de la preuve) |
La criminalistique est une discipline technique au service de l'enquête et de la justice, tandis que la criminologie est une science sociale visant à comprendre le phénomène criminel dans son ensemble.
5. Synthèse des frontières
| Discipline | Objet principal | Méthode principale | Finalité |
|---|---|---|---|
| Droit pénal | Règles et sanctions | Raisonnement juridique | Régulation normative |
| Criminologie | Étude empirique du crime | Méthodes sociales et statistiques | Compréhension globale du crime |
| Victimologie | Étude de la victime | Analyse des conséquences | Protection et prise en compte |
| Pénologie | Étude des peines | Analyse juridique et sociale | Gestion et application des peines |
| Criminalistique | Preuves et identification | Techniques médico-légales | Enquête et preuve judiciaire |
Ces disciplines sont complémentaires mais distinctes, avec des frontières perméables selon les objectifs et méthodes employés.
Des frontières perméables
1. Des frontières perméables entre la criminologie et les sciences connexes
La criminologie partage des frontières floues avec plusieurs disciplines, toutes regroupées sous le terme général de sciences criminelles. Ces disciplines entretiennent des relations d'influence et de complémentarité avec la criminologie.
2. Relations entre criminologie et droit pénal
- Délimitation du champ criminologique : La criminologie étudie le crime défini par les infractions du droit pénal.
- Influence réciproque :
- La criminologie oriente parfois l'évolution du droit pénal (ex. débats sur le consentement sexuel des mineurs, responsabilité pénale liée à la consommation de stupéfiants).
- Le droit pénal fixe les contours légaux des infractions étudiées par la criminologie.
3. Indivisibilité de la criminologie et de la victimologie
- Victimologie = étude de la victime, « l’envers du crime » (Micheline Baril).
- Ces deux disciplines sont complémentaires et indissociables : on ne peut étudier le crime sans considérer la victime.
4. Liens entre criminologie et pénologie
| Aspect | Criminologie | Pénologie | Points communs |
|---|---|---|---|
| Objet | Étude du crime | Étude des peines et des sanctions | Justice réparatrice, récidive, désistance |
| Approche | Théorique et appliquée | Pratique et politique criminelle | Dialogue entre victime et auteur |
| Exemples de préoccupations | Compréhension du phénomène criminel | Gestion de la sanction et réinsertion | Justice restaurative, lutte contre la récidive |
5. Profilage : à la croisée de la criminalistique et de la criminologie
- Profilage (ou analyse psycho-criminologique) : méthode pour établir la personnalité de l’auteur d’une infraction.
- Criminalistique : domaine principal du profilage.
- Criminologie : fournit les typologies et connaissances nécessaires à l’élaboration du profil.
- Échanges réciproques :
- Le profilage valide ou remet en cause les théories criminologiques.
- Un profilage efficace confirme la pertinence des données criminologiques.
À retenir : La criminologie est une science complexe, à la fois théorique et appliquée, qui étudie un phénomène social néfaste (le crime) et cherche à le comprendre pour mieux le combattre, à l’instar de la médecine face aux maladies.
Histoire de la pensée sur le crime
1. L’Ancien Régime (1589-1791)
- Objectif principal : châtier les méchants pour servir d'exemple (répression rétributrice et dissuasive).
- Vision du crime : considéré comme un péché, une faute et une infraction, mêlant théologie, philosophie et droit.
- Définition du crime (Daniel Jousse, XVIIIe siècle) : toute action injuste et interdite par la loi, blessant la société et troublant la paix publique.
- Responsabilité du criminel : affirmée, justifiant le châtiment.
- Gravité des crimes et peines : gradation des infractions et des sanctions (amendes, emprisonnement, torture, peine capitale).
- Rôle du juge : déterminer la peine selon la gravité, avec un risque d’arbitraire.
- Finalité de la justice : pacificatrice, évitant la vengeance et le cycle de violence.
2. Les Lumières (XVIIIe siècle)
a) Mutation philosophique
- Philosophes clés : Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Beccaria, Bentham.
- Critiques : torture, supplices, erreurs judiciaires, arbitraire de l’État.
- Idée centrale : protection des libertés individuelles et réforme de la justice pénale.
b) Mutation sociale et criminelle
- Évolutions sociales : allongement de l’espérance de vie, urbanisation, augmentation de la population lettrée.
- Criminalité : augmentation du nombre d’infractions, baisse de leur gravité, inadéquation de la justice ancienne.
- Besoin : administration plus efficace et adaptée de la justice criminelle.
c) Finalité des peines
- But : contribuer au bonheur du plus grand nombre en infligeant la souffrance nécessaire à l’auteur (dissuasion).
- Montesquieu : contre les peines exemplaires, prône une répression modérée mais systématique.
d) Principes clés
| Principe | Description | Auteur |
|---|---|---|
| Gravité des infractions | Mesure liée au tort causé à la société | Beccaria |
| Proportionnalité | Peine proportionnelle à la gravité et à la responsabilité | Beccaria |
| Légalité des peines | Les peines doivent être fixées par la loi pour éviter l’arbitraire du juge | Lumières |
e) Le panoptique (Bentham)
- Concept : prison avec tour centrale permettant une surveillance constante mais invisible.
- Effet : état permanent de visibilité induisant l’autocontrôle chez le détenu.
- Analyse : Michel Foucault souligne que la surveillance permanente assure le fonctionnement automatique du pouvoir.
La surveillance permanente, même discontinue dans son action, induit un état conscient et permanent de visibilité.
3. XIXe siècle : Explications anthropologiques et héréditaires du crime
a) Physiognomonie (XVIe-XVIIIe siècles)
- Définition : étude des traits du visage pour déduire la personnalité.
- Méthode : mesure des formes du crâne, nez, menton, yeux.
- Influence : rationalisation des sympathies/antipathies naturelles, influençant littérature et pensée (ex. Balzac).
b) Phrénologie (XVIIIe-XIXe siècles)
- Définition : théorie selon laquelle la forme du crâne reflète le caractère.
- Fondateur : Franz Josef Gall, qui localise les fonctions cérébrales et leur reflet sur la boîte crânienne.
- Popularité : utilisée pour identifier des aptitudes ou tares, mais discréditée par la suite.
c) Lombroso et la théorie du criminel-né
- Thèse principale : certains criminels sont déterminés par leur hérédité et présentent des traits physiques spécifiques.
- Caractéristiques étudiées : yeux, lèvres, mâchoires, oreilles, associées à des traits psychopathologiques (insensibilité, violence, impulsivité...).
- Concept d’atavisme : criminalité comme régression évolutive, réapparition de caractères ancestraux.
- Méthode : études anthropométriques comparant crânes de criminels et non-criminels.
- Extension : théorie appliquée aussi aux femmes criminelles et prostituées.
- Limites : Lombroso admet que sa théorie ne s’applique qu’à une partie des criminels.
d) Contexte historique
- Période : Belle Époque (1879-1914), marquée par le scientisme.
- Influences : positivisme d’Auguste Comte, méthode expérimentale de Claude Bernard.
- Réémergence actuelle : recherches neurobiologiques et génétiques sur la violence.
4. Transition vers les explications sociologiques
- Dès le XIXe siècle, des auteurs comme Émile Durkheim, Enrico Ferri et Gabriel Tarde développent des explications du crime centrées sur le milieu social plutôt que sur la biologie.
Le crime a été successivement perçu comme un péché, une faute, une infraction, puis comme un phénomène biologique avant d’être analysé sous l’angle sociologique.
Les facteurs biologiques du passage à l'acte
1. Les explications biopsychologiques du passage à l’acte
-
Perversions instinctives (Ernest Dupré) : la criminalité résulte d’anomalies dans les instincts fondamentaux (conservation, reproduction, association).
- Viol = anomalie de l’instinct de reproduction
- Toxicomanie = trouble de l’instinct de conservation
- Cruauté = défaut de sociabilité affectant l’instinct d’association
-
Inadaptation biologique (Olof Kinberg) : le comportement dépend des réactions biologiques aux stimuli. L’incapacité à s’adapter socialement peut conduire à des infractions, le passage à l’acte étant une réponse à un stimulus.
-
Constitution criminelle (Benigno Di Tullio) : certains traits biologiques et psychologiques prédisposeraient à la criminalité, tels que :
Signes alarmants Description Capacité d’abstraction limitée Difficulté à conceptualiser Insensibilité à la douleur Peu de réaction aux stimuli douloureux Égoïsme, égocentrisme Centration sur soi-même Irritabilité, indifférence émotionnelle Faible empathie Anomalies sexuelles Dysfonctionnements liés à la sexualité -
Violence (Jacques Léauté) :
- Violence animale = phénomène naturel, régulé entre espèces différentes
- Violence humaine = souvent fratricide, liée à une défaillance dans la régulation de l’agressivité
- Violence en temps de paix (vols, viols, homicides) = équivalent de l’agressivité animale
-
Agressivité (Henri Laborit) : source de violence et délinquance, elle naît du conflit entre les dimensions biologiques et sociales.
- Inhibition de l’action (ex : impossibilité de fuir) → tension, angoisse
- Conséquences possibles : somatisation (ulcères), auto-agressivité (suicide), hétéro-agressivité (infractions violentes)
2. Les explications sociobiologiques du passage à l’acte
-
Sociobiologie (Edward Osborne Wilson) : théorie évolutionniste expliquant les comportements sociaux par la sélection naturelle des gènes favorisant la survie de l’espèce.
- Comportements humains, y compris criminels, vus comme hérités biologiquement.
-
Analyse sociobiologique du viol (Randy Thornhill & Craig Palmer) :
- Le viol est une stratégie de reproduction coercitive favorisant la transmission génétique.
-
Analyse sociobiologique de la mafia (Jean-François Guérault) :
- Mafia = parasitisme social, vit aux dépens du système sans l’épuiser, expliquant son impunité relative et son intégration économique.
3. Critiques et limites
- La sociobiologie est souvent critiquée pour son déterminisme biologique et le risque de justifier des comportements criminels comme « naturels ».
- Les explications biologiques du passage à l’acte sont controversées car elles peuvent être perçues comme un fatalisme organique, minimisant le rôle des facteurs sociaux et individuels.
À retenir : Les facteurs biologiques du passage à l’acte soulignent des prédispositions et mécanismes biologiques influençant la criminalité, mais leur interprétation doit rester critique face aux risques de déterminisme et de réductionnisme.
Les facteurs sociaux de la délinquance
1. La théorie des associations différentielles (Edwin Sutherland)
- La délinquance est un apprentissage social transmis par l'entourage.
- L'individu adopte des techniques et des représentations délinquantes par imitation.
- Le passage à l'acte dépend du rapport différentiel entre conceptions favorables et défavorables à la loi.
- Exposition à plusieurs milieux : le choix dépend de l'importance accordée à chaque groupe (famille vs amis déviants).
- Application notable à la délinquance en col blanc : la criminalité peut être valorisée dans certains milieux sociaux.
La délinquance s'apprend dans un contexte social où les normes déviantes peuvent primer sur les normes légales.
2. La théorie de la tension (Robert King Merton)
- La délinquance résulte du décalage entre aspirations sociales et moyens légitimes pour les atteindre.
- La société valorise la réussite matérielle, mais tous n'ont pas accès aux moyens institutionnels.
- Ce décalage crée une tension pouvant conduire à des conduites déviantes.
a) Les 5 types d'adaptation à la société selon Merton
| Type | Acceptation des buts sociaux | Acceptation des moyens légitimes | Description et lien avec la délinquance |
|---|---|---|---|
| Conformisme | Oui | Oui | Comportement dominant, respect des règles |
| Innovation | Oui | Non | Utilisation de moyens illégitimes (ex : délinquance en col blanc) |
| Ritualisme | Non | Oui | Abandon des buts, respect des routines, repli social |
| Évasion | Non | Non | Abandon des buts et moyens, marginalité (ex : toxicomanie) |
| Rébellion | Non | Non | Rejet des normes et buts, volonté de créer un nouveau système (ex : militantisme radical) |
La délinquance est une réponse possible aux frustrations générées par l'économie de consommation et les inégalités d'accès aux moyens légitimes.
3. Les théories culturalistes
a) Conflits de cultures (Thorsten Sellin)
- La coexistence de normes culturelles différentes ou contradictoires dans une même société peut engendrer la délinquance.
- Exemple : sociétés pluriethniques ou issues d'immigrations successives où les codes culturels divergent des prescriptions étatiques.
b) Sous-cultures délinquantes (Albert Cohen)
- La désorganisation sociale des classes défavorisées produit des sous-cultures opposées à la culture dominante.
- Ces sous-cultures offrent un refuge et une identité à une jeunesse exclue du système.
- La délinquance devient un moyen d'affirmer une place sociale alternative.
La délinquance juvénile peut s'expliquer par l'appartenance à des sous-cultures qui rejettent les normes sociales dominantes.
À retenir : La délinquance est souvent le résultat d'interactions sociales, de tensions entre aspirations et moyens, et de conflits culturels qui façonnent les comportements déviants.
Les principaux facteurs de la délinquance juvénile
1. Les grandes catégories de délinquance juvénile
| Catégorie | Description | Origine / Particularité | Conséquence judiciaire |
|---|---|---|---|
| Délinquance initiatique | Aussi appelée « bêtise de jeunesse », concerne environ 2/3 des mineurs devant la justice. | Entrée dans l'adolescence, volonté de confrontation à l'autorité. | Réponse pénale souvent efficace, faible récidive. |
| Délinquance pathologique | Commise par des mineurs vulnérables socialement et familialement, souvent suivis pour enfance en danger. | Situation familiale/sociale difficile. | Nécessite un accompagnement spécifique. |
| Délinquance d’exclusion | Infractions graves, répétées, en bande organisée, proche de la délinquance professionnelle adulte. | Marginalisation sociale forte. | Parcours de sortie difficile. |
2. Facteurs individuels de la délinquance juvénile
- Hyperactivité et impulsivité : détectables dès l'école maternelle, ces traits sont liés à une recherche de nouveauté et un faible souci des risques.
- Déficits neuropsychologiques : QI < 90, trouble du déficit de l'attention avec/sans hyperactivité (TDAH) favorisent une évolution vers une personnalité antisociale.
- Sensibilité réduite aux récompenses sociales : les enfants concernés n’évitent pas les situations dangereuses.
3. Facteurs familiaux et sociaux
| Facteur | Impact sur la délinquance juvénile |
|---|---|
| Maltraitance infantile | Favorise le passage à l'acte, souvent liée à un suivi protection de l'enfance. Effets transgénérationnels. |
| Mauvaises conditions d’éducation | Négligences, absence de supervision, violences (y compris sexuelles). |
| Déscolarisation | Absence, absentéisme, difficultés scolaires entraînent désocialisation et délinquance, surtout d’exclusion. |
| Addictions (alcool, drogues) | Consommation elle-même infraction, entraîne désocialisation, déscolarisation, banalisation chez les mineurs. |
4. Facteurs liés aux dérives sectaires et radicales
- Radicalisation politique et religieuse : augmentation récente du nombre de mineurs impliqués dans des affaires de terrorisme.
- Structures de prévention :
- CIPDR (Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation) – Ministère de l’Intérieur.
- Mission nationale de veille et d’information sur la radicalisation – Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).
- Miviludes : lutte contre les dérives sectaires, surveille les méthodes de recrutement via Internet et réseaux sociaux.
- Risques pour les enfants en milieux sectaires : vulnérabilité sanitaire, psycho-affective et socio-éducative, exposant à la délinquance.
À retenir : La délinquance juvénile est multifactorielle, mêlant caractéristiques individuelles, contexte familial et social, addictions, et influences radicales ou sectaires, chaque facteur nécessitant une prise en charge adaptée.
La répartition de la criminalité en fonction du sexe
1. La répartition de la criminalité en fonction du sexe
-
Criminalité féminine quantitativement plus faible que la criminalité masculine :
- En France, environ 15% des personnes mises en cause sont des femmes.
- Elles représentent 10% des condamnations et seulement 3% des personnes incarcérées.
- Écart plus marqué dans les sociétés traditionnelles.
-
Spécificités criminelles des femmes :
- Moins enclines à la délinquance dans des milieux socioprofessionnels similaires.
- Sous-représentées dans les atteintes aux biens et à l’intégrité physique.
- Plus impliquées dans les crimes d’astuce ou de ruse (escroqueries : 30% d’auteurs femmes).
- 16% des personnes mises en cause pour homicides et violences sont des femmes.
- Plus présentes dans des infractions comme le vol à l’étalage ou les injures.
- Infractions liées à la maternité : abandon d’enfant, maltraitance, infanticide (meurtre d’enfant de moins de 15 ans, souvent néonaticide).
- Estimation du nombre d’infanticides en France : environ 250 par an (au conditionnel).
2. Pourquoi la criminalité féminine est-elle plus faible ?
a) Une criminalité féminine moins apparente
- Thèse de la délinquance cachée des femmes : la criminalité féminine serait aussi importante que celle des hommes mais plus dissimulée.
- Caractère astucieux de la délinquance féminine, facilitant la dissimulation.
- Certaines infractions anciennes (adultère, prostitution, avortement) étaient considérées comme délinquantes.
- Cette thèse est critiquée pour son caractère souvent misogyne.
b) La socialisation différente des femmes
- Socialisation spécifique, avec un rôle traditionnel d’épouse et mère, limitant les opportunités criminelles.
- La délinquance féminine est souvent une délinquance de besoin (exemple : affaire Louise Ménard, vol d’un pain pour nourrir sa famille).
- Éducation plus stricte des filles, inculquant des valeurs comme la tolérance, la compassion, limitant la violence.
- Cette explication est nuancée par l’émancipation féminine : malgré plus d’indépendance, la criminalité féminine n’a pas augmenté.
c) La moindre répression des femmes
- Depuis les années 1950, hypothèse d’un traitement plus indulgent et paternaliste des femmes par les acteurs du système pénal (juges, policiers, travailleurs sociaux).
- Les femmes seraient moins poursuivies, moins condamnées et bénéficieraient d’un traitement pénitentiaire plus favorable.
- Cette thèse est difficile à vérifier et perd de sa pertinence avec la féminisation des professions judiciaires.
- Le comportement paternaliste s’applique surtout dans un rapport genré homme-femme.
À retenir : La criminalité féminine est quantitativement plus faible que la masculine, avec des spécificités liées à la nature des infractions et à des facteurs sociaux, culturels et institutionnels.
La répartition de la criminalité en fonction de l'âge
1. Variation du taux de criminalité selon l'âge
- Pic criminel vers 25 ans : Le taux de criminalité augmente progressivement de l'enfance à l'âge adulte, culminant autour de 25 ans.
- Déclin après 40 ans : La criminalité diminue fortement à partir de 40 ans.
- Délinquance juvénile : Les mineurs (13-18 ans) représentent 18-20% des mises en cause et 8-10% des condamnations, principalement pour des délits de prédation (vols, dégradations).
- Seniors peu impliqués : Seulement 3% des condamnés ont plus de 60 ans, malgré une part importante dans la population.
2. Répartition des infractions par tranche d’âge
| Tranche d’âge | Types d’infractions dominantes |
|---|---|
| Mineurs (13-18 ans) | Vols, destructions, dégradations |
| 20-25 ans | Pic des homicides |
| 40-45 ans | Infractions sexuelles |
| Plus de 45 ans | Infractions sexuelles, parfois autres délits |
- Les agressions sexuelles sont souvent commises par des individus d'âge mûr.
- La délinquance juvénile est majoritairement liée aux atteintes aux biens.
3. Rôle de la maturité dans la criminalité
- Immaturité = facteur de délinquance et récidive : La maturité physique et psychologique contribue à la baisse des comportements criminels.
- Études des époux Glueck : baisse de la délinquance entre 25 et 35 ans liée à la maturité.
4. Le tabou des enfants criminels
- En France, la responsabilité pénale commence à 13 ans (article 122-8 du Code pénal).
- La délinquance des enfants de moins de 13 ans est peu connue car non prise en compte dans les statistiques officielles.
- Certains signes précoces (5-7 ans) annoncent des comportements antisociaux (ex. cruauté envers les animaux).
- Cas célèbres : Maribel (étranglement d’enfants à 11 ans) et Robert Thompson & Jonathan Venables (meurtre à 10 ans).
5. Évolution des parcours criminels au long de la vie
a) Parcours de vie et criminalité
- La criminalité suit la courbe de la force physique : montée jusqu’à 25-30 ans, puis déclin.
- Maturité, emploi stable, vie familiale favorisent la désistance.
- Vieillissement des délinquants : allongement des carrières criminelles (ex. braqueurs âgés de 54 à 72 ans en 2016).
b) Influence des changements sociaux
- Facteurs exogènes (société de consommation, réseaux sociaux) influencent la précocité et la nature des délits.
- Exemple : développement du cyberharcèlement.
- Délinquance des seniors en hausse dans certains pays (ex. Japon), liée à la solitude et à la pauvreté.
c) Trajectoires développementales de la délinquance
| Trajectoire | Description | Caractéristiques clés |
|---|---|---|
| Délinquance sporadique | Infractions ponctuelles, souvent à l’adolescence, sans récidive. | Délits peu graves, liés à des opportunités. |
| Délinquance transitoire | Commence vers 11 ans, liée à des influences circonstancielles et opposition familiale. | Parcours souvent interrompu à l’entrée dans la vie active. |
| Délinquance persistante | 10% des adolescents, infractions répétées et aggravées à l’âge adulte. | Processus d’activation et d’aggravation en 5 stades : apparition, exploration, explosion, conflagration, débordement. |
- Stades de la délinquance persistante :
- Apparition : petits délits avant 10 ans.
- Exploration : vols à l’étalage, vandalisme (~12 ans).
- Explosion : délits plus graves (~13 ans).
- Conflagration : vols de véhicules, trafics, agressions.
- Débordement : formes violentes ou astucieuses à l’âge adulte.
À retenir : Le taux de criminalité atteint un pic vers 25 ans, diminue fortement après 40 ans, mais varie selon les types d’infractions et les trajectoires individuelles. La maturité physique et psychologique joue un rôle clé dans la désistance.
Les outils statistiques relatifs à la criminalité
1. Introduction aux statistiques criminelles
- Statistiques criminelles : apparues au début du XIXe siècle, elles permettent d’appréhender la criminalité comme un phénomène collectif et politique.
- Critique : suspicion de manipulation par gouvernements, médias ou forces de l’ordre pour rassurer ou instiller la peur.
- Limite : mesurent surtout l’activité répressive (police, justice), donc une vision partielle de la criminalité.
2. Statistiques de la police et de la gendarmerie
| Outil | Description | Points clés |
|---|---|---|
| État 4001 | Statistiques depuis 1972 sur crimes et délits constatés par police/gendarmerie, 107 index. | - Regroupe 14 indicateurs publiés mensuellement sur data.gouv.fr<br>- Large champ : vol, homicide, etc.<br>- Limite : reflète uniquement l’activité des forces de l’ordre<br>- Nomenclature ancienne, ne distingue pas cybercriminalité, violences conjugales, crimes de haine, etc. |
| Interstat | Statistiques publiques sur insécurité et délinquance, gérées par le SSMSI depuis 2015. | - Centralise, contrôle, diffuse données police/gendarmerie<br>- Propose notes d’analyse et indicateurs<br>- Interstat Conjoncture : analyse mensuelle des délits courants (vols, escroqueries, violences, homicides, cambriolages) |
| Main Courante Informatisée (MCI) | Informatisation des mains courantes dans tous les commissariats. | - Permet une visibilité plus complète des faits commis. |
3. Concepts clés : visibilité et reportabilité
- Visibilité : une infraction doit être facilement constatée pour apparaître dans les statistiques.
- Reportabilité : l’infraction doit être fréquemment dénoncée à la police.
- Exemple : infractions intra-familiales sont moins reportées à cause de la proximité des auteurs et victimes.
Les statistiques policières ne reflètent que les infractions visibles et reportées.
4. Statistiques judiciaires
- Publiées annuellement par le service statistique ministériel de la justice.
- Donnent un aperçu complet de l’activité judiciaire : moyens humains et budgétaires, professions juridiques, justice civile, commerciale, pénale et des mineurs.
- Domaines couverts :
- Justice civile/commerciale : affaires familiales, contentieux du travail, entreprises en difficulté.
- Justice pénale : traitement des auteurs, exécution des peines, victimes, contentieux spécifiques (stupéfiants, violences sexuelles, infractions économiques).
- Justice des mineurs : enfants en danger et auteurs d’infractions.
- Remplace les anciens annuaires statistiques de la justice (jusqu’en 2012).
5. Statistiques pénitentiaires
- Établies par l’administration pénitentiaire.
- Concernent les stocks (population carcérale à un instant T) et les flux (entrées et sorties en prison sur une période).
- Informations sur :
- Taux d’occupation et surpopulation carcérale.
- Sexe, âge, nationalité des détenus.
- Infractions pour lesquelles les détenus sont incarcérés.
6. Synthèse
| Source statistique | Champ couvert | Limites principales |
|---|---|---|
| État 4001 | Faits constatés par police/gendarmerie | Vision partielle, nomenclature ancienne |
| Interstat | Données police/gendarmerie, analyses | Dépend de la visibilité et reportabilité |
| Statistiques judiciaires | Activité judiciaire complète | Ne couvre pas la criminalité non détectée |
| Statistiques pénitentiaires | Population carcérale (stocks et flux) | Ne reflète que la population incarcérée |
Les outils statistiques relatifs à la criminalité fournissent une image partielle et doivent être analysés avec prudence, en tenant compte des biais liés à la visibilité et à la dénonciation des infractions.
État des lieux de la criminalité et des victimisations
1. Sources et nature des statistiques de la criminalité
- Criminalité apparente : infractions recensées via procès-verbaux de police/gendarmerie.
- Données publiées par Interstat (SSMSI) dans les rapports « Insécurité et délinquance ».
- Ces chiffres ne reflètent pas la totalité des infractions, d'où l'importance des enquêtes de victimisation.
2. Homicides
| Année | Nombre de victimes | Particularités |
|---|---|---|
| 2015 | 872 | 148 victimes d'actes terroristes |
| 2017 | 825 | 3 victimes d'actes terroristes |
| 2022 | >900 | Inclut actes terroristes |
- Profil des mis en cause : 85% ont entre 18 et 60 ans, surreprésentation des 18-29 ans (35%), majoritairement français (étrangers = 15% des mis en cause vs 6% pop.).
- Victimes : 1/3 femmes, tranches d’âge les plus exposées 30-44 ans puis 15-29 ans, jeunes hommes plus exposés que femmes du même âge, 11% mineurs en 2021.
3. Violences sexuelles (viols et agressions)
- Hausse constante depuis 2017 : de 34 000 victimes en 2015 à 75 800 en 2021.
- Auteurs : 98% hommes, toutes tranches d’âge, 10% ont moins de 13 ans, 8% plus de 60 ans.
- Victimes : 9 cas sur 10 femmes.
- Souvent commis au sein de la cellule familiale.
- Augmentation liée à la libération de la parole (affaire Weinstein, mouvement MeToo) et amélioration du dépôt de plainte.
4. Coups et blessures volontaires
- En forte hausse : 274 300 victimes en 2020, 353 600 en 2022.
- 85% des mis en cause sont des hommes, principalement 18-44 ans.
- Victimes majoritairement féminines adultes, garçons mineurs plus exposés que filles.
- Plus de la moitié des violences ont lieu dans la sphère familiale.
5. Vols avec armes
- En baisse depuis 2010 : 8 600 cas en 2022 contre 15 711 en 2010.
- Mis en cause majoritairement jeunes hommes, étrangers surreprésentés.
- Zones les plus touchées : grandes agglomérations, Île-de-France, Provence-Alpes-Côte-d'Azur.
6. Vols violents sans arme
- 50 700 cas en 2018, forte baisse récente (notamment Paris, Seine-Saint-Denis).
- Impliquent surtout jeunes hommes, victimes souvent jeunes adultes (18-24 ans).
7. Vols sans violence
- 663 700 victimes en 2022.
- Principalement dans les grandes agglomérations, lieux publics (rue, transports, commerces).
- Victimes hommes et femmes, surreprésentation des 18-25 ans.
- Plus d’un auteur présumé sur cinq est une femme (plus que pour autres infractions).
8. Cambriolages
- 211 800 en 2022.
- Auteurs majoritairement hommes, souvent <30 ans, étrangers surreprésentés.
- Victimes surtout adultes >30 ans.
- Zones urbaines avec plus de 200 logements plus touchées que zones rurales ou petites agglomérations.
9. Vols de véhicules
- 133 800 vols déclarés en 2022.
- Concernent agglomérations, périphéries et zones rurales.
- 14% des victimes sont des personnes morales.
- Vols dans véhicules : 246 400 victimes, vols d’accessoires : 100 700 victimes en 2022.
10. Destructions et dégradations volontaires
- 550 600 cas en 2022, souvent vandalisme sur voitures ou logements.
- 1/3 des victimes sont des personnes morales.
- Nombre réel estimé jusqu’à 2,5 millions d’actes par an (plusieurs actes par même auteur).
11. Escroqueries et infractions assimilées
- 465 000 victimes en 2022.
- Types : escroqueries, abus de confiance, falsifications, usage de chèques/cartes volés, faux en écriture.
- Mis en cause : majoritairement jeunes hommes (plus de 2/3).
- Victimes : 19% personnes morales, majorité personnes physiques jeunes (pic vers 23 ans), victimisation diminue avec l’âge.
12. Limites des statistiques officielles
Les chiffres issus des forces de l'ordre ne suffisent pas à appréhender la réalité complète de la criminalité et de la victimisation ; les enquêtes de victimisation sont indispensables pour estimer les infractions non signalées.
13. Profil global des mis en cause et victimes
| Infraction | Mis en cause principaux | Victimes principales |
|---|---|---|
| Homicides | Hommes 18-60 ans, surreprésentation jeunes, majoritairement français | Adultes 30-44 ans, 1/3 femmes, jeunes hommes plus exposés |
| Violences sexuelles | Hommes (98%), tous âges | Femmes (90%), souvent dans la famille |
| Coups et blessures | Hommes (85%), 18-44 ans | Femmes adultes, garçons mineurs |
| Vols avec armes | Jeunes hommes, étrangers surreprésentés | Jeunes hommes |
| Vols violents sans arme | Jeunes hommes | Jeunes adultes 18-24 ans |
| Vols sans violence | 20% auteurs femmes | Hommes et femmes 18-25 ans |
| Cambriolages | Hommes <30 ans, étrangers surreprésentés | Adultes >30 ans |
| Escroqueries | Jeunes hommes (2/3) | Jeunes adultes, 19% personnes morales |
14. Points clés à retenir
La criminalité est diverse et évolutive, avec des profils d’auteurs et de victimes variables selon les infractions, et une sous-estimation importante dans les statistiques officielles nécessitant des enquêtes complémentaires.
Les processus du passage à l'acte
1. Processus du passage à l'acte : une dynamique criminelle
Le passage à l'acte criminel est un processus, une succession d'événements où le sujet fait des choix face à des circonstances favorables. L'infraction nécessite :
- Un criminel apte à commettre l'acte,
- Des circonstances extérieures propices (ex : absence de protection d’un bien).
L'action criminelle dépend donc à la fois de la volonté du délinquant et des données extérieures auxquelles il doit s’adapter.
2. La situation précriminelle : entre objectivité et subjectivité
- Situation précriminelle : ensemble objectif de faits qui précèdent l’infraction (ex : pauvreté, isolement de la victime).
- Cette situation est ressentie subjectivement par l’auteur, qui peut réagir différemment selon sa personnalité ou le moment.
Deux individus dans la même situation ne réagiront pas de la même façon, ni un même individu à différents moments.
3. Rationalité limitée du passage à l’acte
Le passage à l’acte repose sur une rationalité limitée :
- Le délinquant évalue les risques et bénéfices, mais selon une logique déviante.
- Gary Becker (années 60) : le crime est un calcul économique où l’auteur agit si bénéfices > risques (arrestation, condamnation).
- Théorie du choix rationnel (Clark & Cornish, années 80) : comparaison des gains espérés et risques encourus.
- Maurice Cusson souligne le rôle du présentisme (incapacité à planifier à long terme) et des opportunités dans l’entrée dans la délinquance.
La rationalité est donc approximative, avec une appréciation souvent erronée des chances de succès et des risques.
4. Modélisations du passage à l’acte
| Modèle | Description | Étapes clés |
|---|---|---|
| Iter criminis | Chemin criminel menant de l’idée à la réalisation de l’infraction. | Représentation → Préparation → Perpétration |
| Criminogenèse | Processus criminogène en 4 phases (Étienne de Greffes) menant aux actes graves. | 1. Assentiment inefficace<br>2. Assentiment formulé<br>3. Crise morale<br>4. Passage à l’acte |
5. Passage à l’acte dans les homicides conjugaux
- Le passage à l’acte découle souvent de la rupture et traduit un désir de domination.
- Profils types d’auteurs :
- Paranoïaque/antisocial : violents, cachent la victime, refusent la culpabilité.
- Dépendants/dépressifs : tentent souvent le suicide ou se rendent à la police.
- Le passage à l’acte est lié à une emprise paroxystique : tuer pour éviter la perte de contrôle sur la partenaire.
- En arrière-plan : domination masculine, assimilation jalousie-amour, valorisation du crime passionnel.
Le passage à l'acte criminel est un processus dynamique où la subjectivité, la rationalité limitée et les circonstances extérieures interagissent pour aboutir à l'infraction.
La prévention du passage à l'acte
La prévention du passage à l'acte en criminologie se distingue de la répression par son caractère proactif : elle intervient avant la commission du délit (ante delictum) pour empêcher l'infraction, contrairement à la répression qui est une réaction punitive post-delictum.
1. La prévention en criminologie
- Criminologie préventive : branche de la criminologie appliquée visant à éviter les actes criminels par des moyens divers.
- Objectif : réduire les risques d'infraction et leurs effets négatifs sur les individus et la société, y compris la peur de la criminalité (selon les principes directeurs des Nations unies, 2002).
2. Les quatre types de prévention
| Type de prévention | Cible principale | Moyens / Exemples |
|---|---|---|
| Prévention sociale | Facteurs socio-économiques et culturels | Actions éducatives, lutte contre l'exclusion sociale |
| Prévention communautaire | Niveau local (quartiers défavorisés) | Amélioration des infrastructures, mobilisation locale |
| Prévention situationnelle | Opportunités criminelles | Antivols, vidéosurveillance, contrôle des armes |
| Prévention de la récidive | Facteurs de réitération du délit | Programmes de réinsertion, retour à l'emploi |
3. Mécanismes préventifs exemplaires
a) La théorie de l’espace défendable (Oscar Newman, années 1970)
- L'environnement résidentiel peut encourager la sécurité si les habitants se sentent responsables de leurs biens et de l'espace public.
- Caractéristiques d’un espace défendable :
- Visibilité des espaces communs
- Limitation de la hauteur des immeubles et de la densité pour éviter la déresponsabilisation
- Quartier à taille humaine favorisant la vigilance collective
- Influence notable sur l'aménagement urbain (gares, écoquartiers).
b) La théorie de la fenêtre brisée et la tolérance zéro (Wilson & Kelling, années 1980)
- Principe : les petites dégradations non réparées (ex. fenêtre cassée) entraînent une escalade des incivilités et de la délinquance.
- Conséquence : un sentiment d'impunité favorise le passage à l'acte.
- Tolérance zéro : politique de sanction systématique et stricte de toutes les infractions, même mineures (ex. New York).
- Critiques : efficacité contestée, effets secondaires (tensions sociales, risques de bavures).
c) La police prédictive
- Utilisation des nouvelles technologies et de l'intelligence artificielle pour identifier les zones à risque élevé d'infractions.
- Outils comme CompStat permettent un ciblage géographique précis de la criminalité.
- Objectif : sécuriser les espaces publics en anticipant les délits.
La prévention du passage à l'acte vise à agir avant l'infraction, en réduisant les facteurs de risque et en limitant les opportunités criminelles par des stratégies adaptées à différents niveaux sociaux et territoriaux.
La criminalité et les altérations du discernement dues aux psychotropes
1. Relations entre substances psychoactives et criminalité
Les psychotropes peuvent altérer ou abolir les facultés mentales en agissant sur le système nerveux central, modifiant la perception, l'humeur et la conscience. Certains désinhibent et augmentent l'agressivité et l'impulsivité (ex. : myopie alcoolique = rétrécissement de la perception sous alcool).
À retenir : L'usage de psychotropes précède ou accompagne souvent des infractions, intentionnelles ou non.
Les substances les plus criminogènes sont l'alcool, les amphétamines et la cocaïne.
2. Trois types de relations entre psychotropes et délinquance
| Type d'infraction | Description |
|---|---|
| Infractions liées à l’abus de substances | Accidents de la route, violences (souvent sous alcool), comportements impulsifs ou agressifs |
| Infractions à la législation sur les stupéfiants | Consommation, possession, trafic de drogues illégales |
| Adoption d’un mode de vie déviant | Socialisation déviante, intégration à des groupes antisociaux, précarité et marginalisation |
3. Infractions liées à l’abus de substances psychoactives
- Alcool impliqué dans 32% des accidents mortels de la route (ONISR).
- Risque d’accident mortel multiplié par 18 chez conducteurs alcoolisés.
- Accidents avec alcool plus graves, blessés hospitalisés deux fois plus nombreux.
- Environ 45% des délits routiers liés à l’alcoolémie.
- Près de la moitié des victimes de violences déclarent que leur agresseur était sous l’emprise d’alcool ou drogues.
- Difficulté à déterminer si alcool/drogue sont cause ou facteur aggravant des violences.
4. Infractions à la législation sur les stupéfiants
- Vente d’alcool légale, mais pas celle de toutes les substances psychoactives.
- En 2018, plus de 198 000 interpellations pour infractions liées aux stupéfiants (OFDT).
5. Adoption d’un mode de vie déviant
- Consommation de psychotropes et délinquance reflètent souvent une socialisation déviante.
- Usagers problématiques (intraveineux, opioïdes, cocaïne, amphétamines) vivent dans une grande précarité.
- Activités associées : mendicité, prostitution, petit trafic, aide sociale, incarcération.
- Forte morbidité psychiatrique et risque élevé de décès par overdose.
6. Exemples de crimes sous l’emprise de substances psychoactives
| Cas célèbre | Substance impliquée | Faits marquants |
|---|---|---|
| Secte Manson (fin années 60) | Drogues diverses | Meurtres sanglants commis sous influence, notamment Sharon Tate poignardée à mort |
| Anders Behring Breivik (2011) | Stéroïdes anabolisants | Attentat à la bombe et tuerie de masse, prise d’anabolisants pour augmenter capacités physiques |
| Andreas Lubitz (2015) | Anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères | Suicide aérien avec 149 morts, médicaments pouvant induire comportements suicidaires et agressifs |
7. Évolution législative récente
- En 2022, insertion de l’article 122-1-1 dans le Code pénal.
- Empêche de reconnaître l’irresponsabilité pénale pour troubles mentaux si la personne a consommé une substance psychoactive pour favoriser son passage à l’acte.
À retenir : La consommation volontaire de psychotropes pour commettre un acte exclut l’irresponsabilité pénale liée aux troubles mentaux.
8. Synthèse
- Les psychotropes altèrent le discernement, favorisent l’impulsivité et l’agressivité, et sont souvent liés à la criminalité.
- Trois types d’infractions : abus, législation sur stupéfiants, mode de vie déviant.
- L’alcool est un facteur majeur dans les accidents et violences.
- La loi évolue pour limiter les excuses fondées sur l’état d’ivresse ou de drogue.
Personnalités criminelles, niveaux intellectuels et troubles mentaux
1. Quotient Intellectuel (QI) et délinquance
- QI : mesure quantitative de l'intelligence, moyenne fixée à 100 (tests de Wechsler).
- Distribution : 68% de la population a un QI entre 85 et 115 ; <2,1% ont un QI ≤ 70 (retard mental) ; 2,1% ont un QI ≥ 130 (haut potentiel).
- Lien QI-délinquance : délinquants ont en moyenne un QI autour de 90, inférieur d'environ 10 points à la moyenne.
- Lien indirect : faible QI impacte d'abord la scolarisation (échec scolaire), puis la socialisation (employabilité réduite), ce qui peut favoriser la délinquance.
- Exceptions : certains crimes (économiques, informatiques) nécessitent un QI élevé ; ex. Edmund Kemper, serial killer à haut potentiel intellectuel.
Le faible QI ne conduit pas directement à la délinquance, le lien est indirect via échec scolaire et marginalisation sociale.
2. Troubles mentaux et criminalité
a) Psychoses vs Névroses
- Psychoses : perte de contact avec la réalité, associées à un risque criminogène.
- Névroses : pas de rupture avec la réalité, moins liées à la criminalité.
b) Schizophrénie
- Symptômes : hallucinations acoustico-verbales, idées délirantes, voix commandant des actes.
- Risques : agressions sexuelles, meurtres familiaux (parricide).
- Souvent associée à addictions (alcool, drogues) qui augmentent le risque de passage à l'acte.
c) Paranoïa
- Symptômes : sentiment de persécution, troubles relationnels, comportements agressifs.
- Peut entraîner des actes violents, y compris homicides passionnels.
- Exemple célèbre : crimes des sœurs Papin (1933), interprétés comme délire paranoïaque collectif.
3. Personnalité antisociale / dyssociale
a) Concepts clés
| Terme | Définition |
|---|---|
| Perversité | Plaisir à faire le mal, conduite amorale et anormale envers autrui. |
| Perversion | Action de corrompre, déviance comportementale. |
| Psychopathie | Trouble inné, lié à des facteurs biologiques et psychologiques, absence d'empathie et remords. |
| Sociopathie | Trouble acquis, lié à l'environnement social défavorable, absence d'empathie et remords. |
- Pervers sexuels : longtemps vus comme auteurs de crimes sadiques, mais études récentes montrent que la majorité sont des récidivistes polymorphes.
- Pervers narcissiques : souvent impliqués dans violences conjugales.
b) DSM-5 et CIM-11 : critères de la personnalité antisociale/dyssociale
- Dédain et indifférence aux sentiments d'autrui.
- Manipulation, mensonges, mépris des normes sociales.
- Irresponsabilité chronique, impulsivité, agressivité.
- Instabilité affective et professionnelle.
- Absence de remords, rationalisation extrême.
- Mépris pour sa propre sécurité et celle des autres.
c) Symptômes concrets
- Agitation, recherche d'excitation, peur de l'ennui.
- Difficultés à conserver un emploi.
- Implication dans divers délits (escroqueries, violences, agressions sexuelles, harcèlement).
4. Noyau central de la personnalité criminelle (Jean Pinatel)
| Trait | Description |
|---|---|
| Égocentrisme | Tout ramener à soi, indifférence au jugement social et aux barrières morales. |
| Labilité | Instabilité comportementale, désinhibition, faible effet dissuasif des sanctions. |
| Agressivité | Dynamisme spécifique à l'action criminelle, énergie pour surmonter les obstacles. |
| Indifférence affective | Absence d'empathie et de culpabilité, suppression de la répugnance à commettre un crime. |
5. Conclusion sur les personnalités criminelles
- Les tueurs en série (ex. Michel Fourniret, Guy Georges) présentent souvent une personnalité antisociale.
- Traits communs : absence d'empathie, sadisme, plaisir à infliger des violences, manipulation des victimes et enquêteurs.
- Ces traits correspondent au noyau dur de la personnalité criminelle décrit par Pinatel.