La monnaie : formes et fonctions
1. La monnaie et ses formes historiques
La monnaie a évolué à travers différentes formes, depuis les biens matériels jusqu’aux formes électroniques actuelles, reflétant les besoins économiques et sociaux des époques.
2. Les fonctions de la monnaie
Depuis l’Antiquité, la monnaie remplit trois fonctions essentielles :
| Fonction | Description |
|---|---|
| Intermédiaire des échanges | Facilite les échanges en évitant le troc, prouvé par Arrow et Hahn : sans monnaie, les transactions sont impossibles. |
| Réserve de valeur | Permet d’épargner et de transférer de la valeur dans le temps, sans nécessité d’échanges synchronisés. |
| Unité de compte | Hiérarchise les valeurs économiques, simplifie le système des prix. |
Au XXe siècle, une quatrième fonction a été ajoutée :
- Fonction sociale : la monnaie constitue un lien social, un ciment national, et un élément de souveraineté.
La monnaie est à la fois un outil économique et un symbole social fondamental.
3. La monnaie aujourd’hui : formes et caractéristiques
a) Formes de la monnaie
| Forme | Description | Émetteur | Particularités |
|---|---|---|---|
| Monnaie fiduciaire | Pièces et billets matériels, émis par la BCE, sans lien avec l’or. | Banque Centrale Européenne | Cours légal, pouvoir libératoire, liquidité. |
| Monnaie scripturale | Monnaie sous forme d’écritures bancaires (chèques, cartes), émise par les banques commerciales. | Banques commerciales | 90% de la masse monétaire, obligatoire pour certains paiements. |
| Monnaie électronique | Unités monétaires sur support électronique pour petites transactions (cartes, porte-monnaie électronique). | Divers acteurs | Utilisée pour paiements rapides et en ligne. |
| Monnaie numérique | Combinaison de monnaie fiduciaire et scripturale, émise et garantie par la BCE. | Banque Centrale Européenne | Forme récente, intégrée aux systèmes numériques. |
b) Masse monétaire et agrégats
La masse monétaire regroupe l’ensemble des actifs monétaires en circulation, mesurée par la BCE via trois agrégats classés par liquidité :
| Agrégat | Composition principale | Liquidité |
|---|---|---|
| M1 | Monnaie fiduciaire + dépôts à vue (comptes courants) | Très liquide |
| M2 | M1 + dépôts à terme ≤ 2 ans + livrets avec préavis ≤ 2 mois | Moyennement liquide |
| M3 | M2 + titres monétaires, pensions, instruments du marché | Moins liquide |
4. Le système monétaire international (SMI) : grandes étapes historiques
a) L’étalon-or (1870-1914)
-
Principe : la monnaie est convertible en or à un poids fixe, assurant stabilité et équilibre économique via le mécanisme d’auto-ajustement de Hume.
-
Caractéristiques clés :
- Parité fixe des monnaies par rapport à l’or.
- Masse monétaire entièrement couverte par les réserves d’or.
- La Grande-Bretagne, pays pivot, avec la livre sterling.
-
Balance des paiements : synthèse des relations économiques internationales, composée de :
- Transactions courantes (export/import)
- Compte de capital (acquisitions sans contrepartie)
- Compte financier (investissements directs et de portefeuille, réserves)
- Erreurs et omissions
-
Auto-ajustement :
- Par le compte courant : déficit entraîne sortie d’or, baisse de la masse monétaire, baisse des prix, hausse de compétitivité, retour d’or.
- Par le compte financier : déficit réduit masse monétaire, hausse des taux d’intérêt, attirant des capitaux et rééquilibrant la balance.
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| Stabilité économique et absence d’inflation | Limitation du développement liée aux stocks d’or |
| Mécanisme d’auto-ajustement efficace | Dépendance aux ressources d’or et compétitivité |
L’étalon-or a fonctionné jusqu’à la Première Guerre mondiale, qui a provoqué son abandon.
b) L’étalon de change-or (1922-1929)
- Après la guerre, le SMI repose sur une parité fixe or, mais certains pays sans or fixent leur monnaie au dollar ou à la livre sterling (convertibles en or).
- Seule une partie (40%) de la masse monétaire doit être couverte par l’or, le reste pouvant être créé « ex nihilo ».
- Ce système bicéphale a limité la stabilité, notamment lors de la Grande Dépression (1929) où la Grande-Bretagne quitte le système.
- Le dollar devient la monnaie pivot jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
c) Le système de Bretton-Woods (1944-1976)
-
Contexte : mise en place pour stabiliser le SMI après la Seconde Guerre mondiale.
-
Projets initiaux :
- Keynes : création d’une monnaie mondiale (Bancor) et d’une banque mondiale.
- White : système basé sur le dollar, retenu finalement.
-
Caractéristiques :
- Parités fixes des monnaies exprimées en or, mais seule la convertibilité du dollar en or est crédible.
- Marges de fluctuation autorisées ±1% autour du taux de change fixé.
- Intervention obligatoire des banques centrales pour maintenir la parité.
- Parité or/dollar fixée à 35$ l’once d’or (31g).
-
Institutions créées :
- FMI : coordination du SMI.
- BIRD (Banque mondiale) : financement des investissements.
- OIC (Organisation internationale du commerce), remplacée par le GATT puis l’OMC.
-
Fonctionnement initial (1944-1950) : période efficace de stabilité monétaire.
Bretton-Woods a posé les bases d’un système monétaire international stable, centré sur le dollar convertible en or.
Le système monétaire international et son évolution historique
1. Évolution historique du Système Monétaire International (SMI)
a) Période 1951-1960 : Reconstruction et tensions américaines
- Le SMI fonctionne bien, aidant la reconstruction des pays européens après la Seconde Guerre mondiale.
- À partir de 1955, la balance des paiements des USA se dégrade malgré un excédent commercial, dû à des dépenses militaires et spatiales élevées.
- Cette situation crée une méfiance croissante quant à la capacité des USA à convertir les dollars en or.
b) Période 1961-1971 : Déclin du système de Bretton Woods
- Multiplication par 7 des dollars en circulation, tandis que les réserves d’or américaines sont divisées par 2.
- Demandes croissantes de conversion des dollars en or, aggravant la balance commerciale américaine.
- Mesures palliatives :
- Pool de l’or (1961) : accord entre plusieurs pays pour stabiliser le prix de l’or à 35$ l’once, échec dû à la rareté de l’or et au marché parallèle.
- Création du DTS (1969) : nouvelle liquidité internationale émise par le FMI, convertible en or au même taux que le dollar (1 DTS = 1 USD = 0,8887 g d’or).
- 15 août 1971 : fin de la convertibilité du dollar en or, effondrement du système de Bretton Woods.
c) Raisons de l’échec du système
| Raisons techniques | Raisons politiques |
|---|---|
| Paradoxe de Triffin : nécessité contradictoire d’émettre beaucoup de dollars pour répondre à la demande internationale tout en limitant leur émission pour garantir leur valeur. | Refus des USA de subordonner leurs intérêts nationaux à la stabilité du SMI. |
d) Tentatives de sauvegarde post-1971
- Accords de Smithsonian (décembre 1971) :
- Marges de variation des monnaies élargies de ±1% à ±2,25%.
- Dévaluation du dollar à 38$ l’once d’or.
- Réévaluation et dévaluation de certaines monnaies.
- Malgré ces mesures, le système décline jusqu’aux Accords de la Jamaïque (1976) qui officialisent la démonétisation de l’or.
2. Le Système Monétaire International contemporain
a) Définition
Un régime de change est un ensemble de règles et institutions déterminant le taux de change d’une monnaie.
3. Types de régimes de change
| Régime | Description & caractéristiques | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Change fixe | Taux de change stable, souvent choisi par pays en difficulté ou cherchant coopération économique. | Stabilité, lutte contre hyperinflation, confiance des investisseurs. | Perte d’autonomie monétaire, dépendance politique, pas de prêteur en dernier ressort. |
| - Union monétaire | Taux fixe entre monnaies des pays membres, parfois remplacement par une monnaie unique (ex : euro). | Facilite échanges intra-union. | Perte totale de souveraineté monétaire. |
| - Caisse d’émission | Institution contrôlant la création monétaire, taux fixe avec monnaie d’ancrage, interdiction de création monétaire sans couverture. | Stabilise monnaie, lutte contre inflation. | Politique monétaire inexistante, dépendance totale. |
| - Dollarisation | Remplacement officiel de la monnaie nationale par une monnaie étrangère forte (ex : dollar US). | Stabilité monétaire, confiance accrue. | Coûts élevés, perte totale de politique monétaire, rejet populaire. |
| Régime | Description & caractéristiques | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Change flexible | Taux déterminé par le marché, adapté aux pays avec monnaie forte et marchés développés. | Réflexion des fondamentaux économiques, pas d’intervention constante. | Volatilité, risque d’attaques spéculatives, réservé aux marchés développés. |
| Régime | Description |
|---|---|
| Change hybride | Combinaison de régimes fixes et flexibles, avec plusieurs variantes : |
| - Fixe avec marge fixe | Taux fixe avec fluctuations limitées dans une marge définie. |
| - Fixe avec marge variable | Taux fixe avec marge de fluctuation modulable par la banque centrale. |
| - Parités rampantes | Taux fixe modifiable selon un calendrier ou discrétionnaire. |
| - Flexibilité administrée | Taux flexible avec interventions ponctuelles de la banque centrale pour corriger les écarts. |
Le choix du régime de change conditionne l’insertion internationale du pays et la politique monétaire de sa banque centrale.
4. Le triangle d’incompatibilité de Robert Mundell
- Incompatibilité entre :
- Stabilité du taux de change
- Libre circulation des capitaux
- Politique monétaire autonome
- Un pays ne peut satisfaire simultanément ces trois objectifs.
5. Le FMI : régulateur du SMI contemporain
| Caractéristiques | Détails |
|---|---|
| Création | Institué lors des accords de Bretton Woods (1944). |
| Siège | Washington D.C. |
| Membres | 189 pays |
| Direction actuelle | Kristalina Georgieva |
| Objectifs | - Assurer la stabilité du SMI<br>- Favoriser des échanges équilibrés<br>- Prévenir et gérer les crises monétaires<br>- Fournir des financements aux pays en déficit de balance des paiements |
Le FMI joue un rôle central dans la régulation et la stabilisation du système monétaire international contemporain.
L'Europe monétaire : organisation et fonctionnement
1. L’idée monétaire européenne et ses évolutions
L’Europe a cherché à instaurer des mécanismes monétaires pour assurer la stabilité et renforcer la coopération entre pays membres, favorisant ainsi les échanges intra-union.
a) Les premières formes d’organisation monétaire européenne
-
Serpent monétaire européen (1972-1979) : mécanisme pour limiter la volatilité des monnaies européennes.
- Serpent dans le tunnel (24/04/1972 - 13/03/1973) : monnaies fixes par rapport au dollar avec une marge de ±2,25%. Difficultés de gestion ont conduit à la suppression du lien avec le dollar.
- Serpent hors tunnel (13/03/1973 - 13/03/1979) : fluctuations limitées entre monnaies européennes, mais plusieurs sorties/rentrées de monnaies.
-
Système monétaire européen (SME) (13/03/1979 - 31/12/1998) : coopération monétaire plus structurée.
- ECU : unité de compte, panier de monnaies européennes pondérées selon PIB, échanges intra-union et participation au fond de coopération.
- Cours-pivot : taux de change central par rapport à l’ECU, marges de fluctuation ±2,25%.
- Mécanisme de divergence : alerte déclenchée à 75% de la marge de fluctuation pour anticiper intervention.
- Concours mutuel : fonds commun pour aider les banques centrales à défendre leur parité.
L’ECU était une monnaie cotée sur les marchés internationaux, juste après le dollar.
2. L’Union Économique et Monétaire Européenne (UEME) : chronologie
| Année | Événement clé | Description |
|---|---|---|
| 1962 | Rapports Werner & Marjolin | Premières propositions d’intégration monétaire européenne |
| 1970 | Second plan Barre | Poursuite des travaux d’intégration |
| 1988 | Comité Delors | Nécessité d’une monnaie unique et définition des étapes |
| 1990 | 1ère étape UEME | Début de la mise en œuvre progressive |
| 1992 | Traité de Maastricht | Fixe les critères d’adhésion à l’UEME |
| 1993 | Conseil européen de Copenhague | Adoption des critères de convergence |
a) Critères de convergence (Copenhague, 1993)
- Déficit public ≤ 3% du PIB
- Dette publique ≤ 60% du PIB
- Inflation ≤ moyenne des 3 pays à plus faible inflation + 1,5%
- Taux d’intérêt à long terme ≤ moyenne des 3 pays à plus faible inflation + 2%
- Participation au SME ≥ 2 ans sans incident majeur
| Année | Événement | Description |
|---|---|---|
| 1994 | 2ème étape UEME / Création IME | Préparation de la BCE et libéralisation des flux de capitaux |
| 1995 | Conseil européen de Madrid | Décisions sur nom (euro), date et scénario de passage |
| 1997 | Conseil européen d’Amsterdam | Adoption du Pacte de stabilité et de croissance |
b) Pacte de stabilité et de croissance (1997)
- Volet préventif : rapport semestriel sur finances publiques, recommandations en cas de risque de déficit excessif.
- Volet répressif (en cas de non-respect) :
- Mise en demeure avec délai de 6 mois pour correction.
- Constitution d’un dépôt non rémunéré à la BCE (max 0,5% PIB) pour 2 ans.
- Transformation du dépôt en amende versée au budget de l’UE si non-correction.
Exceptions possibles : force majeure (guerre, catastrophe) ou récession durable.
c) SME-bis
Mécanisme monétaire pour les pays non intégrés immédiatement à l’UEME, garantissant le respect de la rigueur monétaire.
> À retenir : L’UEME repose sur des critères stricts de convergence économique et financière, un pacte de stabilité contraignant, et une coordination monétaire progressive aboutissant à la monnaie unique, l’euro.
La BCE et la politique monétaire
1. La BCE : contexte, rôle et objectifs
- Création : juillet 1998, remplace l'IME.
- Siège : Francfort (Allemagne).
- Objectif principal : assurer la stabilité des prix dans la zone euro, c’est-à-dire maintenir un taux d’inflation inférieur mais proche de 2% par an.
- Indicateur suivi : Indice des Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH).
- Missions :
- Définir et mettre en œuvre la politique monétaire unique.
- Conduire les opérations de change.
- Gérer les réserves d’or.
- Promouvoir le bon fonctionnement du système de paiement.
- Indépendance : la BCE est indépendante, ne reçoit ni conseils ni injonctions des gouvernements.
2. Gouvernance de la BCE
| Organe | Composition | Rôle principal |
|---|---|---|
| Conseil des gouverneurs | Gouverneurs des banques centrales + directoire | Décide la politique monétaire et objectifs à long terme |
| Directoire | Président, vice-président + 6 membres experts | Exécute la politique monétaire |
| Conseil général | Gouverneurs et vice-gouverneurs des banques centrales des pays UE | Coordination et consultation |
3. Instruments de la politique monétaire de la BCE
-
Opérations d’open market (principal canal de refinancement bancaire) :
- Principales de refinancement : hebdomadaires, durée 1 mois, taux directeur ~2,15%.
- Refinancement à plus long terme : échéance 3 mois, 1 fois par mois.
- Opérations de réglage fin : rares, pour corriger des dysfonctionnements.
- Opérations structurelles : très rares, pour ajuster les déséquilibres importants.
-
Facilités permanentes (initiées par les banques) :
- Facilité de dépôt : dépôt des excédents pour 24h, rémunéré à un taux très faible (taux plancher ~2%).
- Facilité de prêt marginal : prêt à 24h au taux élevé (taux plafond ~2,40%).
-
Réserves obligatoires :
- Les banques doivent déposer un pourcentage (actuellement 1%) des crédits à court terme auprès de la BCE.
- Faible efficacité aujourd’hui, mais encadre la création monétaire bancaire.
4. Mécanisme de taux de change avant l’euro
- Les pays candidats à l’euro devaient rattacher leur monnaie à l’euro via un cours-pivot fixe.
- La monnaie pouvait fluctuer dans une marge de ±15% autour du cours-pivot.
- La BCE s’engageait à défendre la monnaie en cas d’attaque sur les marchés.
- Ce mécanisme devait être respecté sans incident majeur pendant 2 ans avant la demande d’adhésion.
- L’adhésion au mécanisme est facultative mais indispensable avant d’intégrer la zone euro.
5. Chronologie clé de l’intégration monétaire européenne
| Date | Événement |
|---|---|
| 1998 | Conseil européen de Bruxelles : sélection des pays fondateurs |
| 31/12/1998 | Fixation des parités irrévocables des monnaies nationales en euro |
| 01/01/1999 | Disparition des monnaies nationales au profit de l’euro, création de l’Union Monétaire |
| 2001 | Entrée de la Grèce dans la zone euro |
| 2002 | Introduction des billets et pièces en euro |
| 2004 | Élargissement de l’UE (10 pays) |
| 2007 | Adhésion de Bulgarie et Roumanie à l’UE |
| 2013 | Adhésion de la Croatie à l’UE |
| 2020 | Sortie du Royaume-Uni (Brexit) |
| 2026 (prévu) | Passage de la Bulgarie dans la zone euro |
La BCE est l’acteur central de la politique monétaire unique, garantissant la stabilité des prix et la cohérence monétaire dans la zone euro.