Le conte – définition, caractéristiques
1. Historique du conte
- Origines orales : Le conte est une littérature orale, écrite par et pour des adultes, jouant sur les réactions du public (intonation, rythme).
- 1697, Perrault : Pont entre littérature classique et populaire, fixation du conte à partir de sources variées (récits italiens, merveilleux, tradition orale).
- Mme d’Aulnoy (1697-1698) : Contes de fées liés à l’amour, opposés aux contes merveilleux traditionnels.
- Double but : Divertir et instruire, avec une triple manipulation sociale, moralisatrice et politique.
- Diversité culturelle : Chaque culture a ses propres contes (ex. Les 1001 nuits, 1704).
- 1757, Mme Leprince de Beaumont : Contes pédagogiques avec héroïnes actives (ex. La Belle et la Bête).
- XIXe siècle : Déclin puis renouveau avec les frères Grimm (1812-1815), valorisation du patrimoine national et succès auprès des enfants.
- Hans Christian Andersen (1835-1837) : Contes inspirés du folklore, mythologie, nature, écrits pour enfants avec une dimension humaine et émotionnelle.
- XXe siècle : Prise en compte de l’intertextualité, réception et public, adaptations massives (Disney, 1936) souvent critiquées pour simplification.
- 1976, Bettelheim : Psychanalyse des contes, rôle formateur et identitaire pour l’enfant (aujourd’hui critiquée).
2. Définition du conte
- Définition de Dufays :
« Le conte est un récit court d’aventures imaginaires qui pose un regard sur la réalité via le merveilleux ou le fantastique, destiné à instruire, édifier, effrayer ou distraire. » - Caractéristique essentielle : Le côté effrayant est incontournable.
- Empan : Ouverture du conte (formule d’introduction).
- Adaptations :
- Adaptations simplifiées pour enfants (vocabulaire accessible, suppression/modification de parties).
- Adaptations créatives et parodies (ex. Shrek) détournent les stéréotypes pour la satire.
- Question clé : Conserver « l’essence » du conte malgré les réécritures.
3. Structures textuelles du conte
| Schéma narratif | Description |
|---|---|
| 1. Situation initiale | Présentation du cadre et des personnages |
| 2. Élément perturbateur | Événement qui déclenche l’action |
| 3. Déroulement (péripéties) | Succession d’épreuves et aventures |
| 4. Dénouement | Résolution (succès ou échec) |
| 5. Situation finale | Rétablissement d’un nouvel équilibre |
- Schéma actanciel : Analyse des rôles des personnages (héros, opposants, aides, destinateur, destinataire).
4. Points clés à retenir
Le conte est un récit court, imaginaire et merveilleux, destiné à instruire et divertir, avec une structure narrative codifiée et un rôle social et psychologique fondamental.
Approche symbolique et psychologique du conte merveilleux
1. Approche symbolique et psychologique du conte merveilleux
a) Symbolisation des peurs archaïques
- Les contes s’adressent à l’inconscient de l’enfant, incarnant ses terreurs profondes (ex. : le loup ou l’ogre symbolisent la peur d’être mangé).
- Ils permettent la figurabilité des angoisses, c’est-à-dire la transformation des peurs en images symboliques.
- Le moment post-contage (dessins, dialogues, jeux de rôle) est crucial pour entrer dans la symbolisation.
Le conte agit comme un médiateur entre le conscient et l’inconscient, facilitant la gestion des conflits psychiques.
b) Fonctions du conte dans la construction identitaire
| Fonction | Description |
|---|---|
| Identité narrative | L’identité se construit dans le temps via un récit évolutif, ancré dès la naissance. |
| Subjectivation | Être sujet, c’est être considéré comme tel dans un récit familial (proto narration). |
| Roman familial + Mythopoésie | Inscription dans une histoire familiale, transmission des valeurs, angoisses et non-dits. |
| Rôle psychique | Représentation symbolique des angoisses, offrant des issues symboliques aux impasses affectives. |
| Transmission culturelle | Relie l’individu à la communauté par des thèmes universels partagés. |
| Outil thérapeutique | Facilite la reconstruction psychique et l’expression de soi, notamment chez l’enfant. |
- L’identité narrative (Ricoeur) est la capacité à se raconter, à mettre en forme son vécu par le récit, processus jamais fixe.
- Le conte aide à mettre des mots sur son histoire personnelle et facilite la communication.
c) Contes et thérapie
- Le conte aborde des questions fondamentales (mort, vie, pauvreté, amour) par le biais du récit, permettant à l’enfant de projeter ses émotions sur des personnages.
- Contrairement à la littérature jeunesse, le conte simplifie l’action pour accéder à l’inconscient.
4 éléments clés du conte thérapeutique :
| Élément | Fonction |
|---|---|
| Action dans le préconscient | Stimule la mémoire et l’imagination, créant un espace transitionnel entre réel et rêve (Winnicott). |
| Lien avec rêves et rites | Similitude avec les rêves, mais mémorisable ; récit d’initiation structurant le développement. |
| Fonction contenante | Offre un cadre sécurisant pour exprimer les affects destructeurs et émotions réprimées. |
| Pacte narratif | Permet à l’enfant d’imaginer et symboliser sans jugement ni réprimande. |
Le conte est un « sas » entre le réel et le rêve, favorisant la projection et l’identification.
d) Médiation thérapeutique des contes merveilleux
- Les contes merveilleux sont privilégiés pour leur structure cyclique et leur richesse symbolique, favorisant la maturation psychique.
- La magie (objets, formules, personnages) permet au héros de dépasser une omnipotence archaïque et de construire une identité personnelle plus structurée.
- En groupe, la lecture de contes crée une transe narrative et une apparition subjective : chaque individu y puise un sens personnel.
- Le conteur doit guider la lecture pour articuler perceptions internes et externes, créant un espace d’identification sécurisant.
Le conte merveilleux est un outil symbolique et psychologique essentiel, favorisant la construction identitaire, la gestion des angoisses et la médiation thérapeutique.
Les contes dans la relation éducative
1. Les fonctions du conte dans la relation éducative
- Facilitateur de communication : Le conte aborde des thèmes sensibles sans confrontation directe, permettant à l’éducateur d’évoquer des situations personnelles sans ciblage explicite.
- Support de projection : L’enfant s’identifie au personnage du conte, ce qui facilite la mise à distance de ses conflits internes (ex. : le dragon = colère).
- Outil de socialisation : Le conte crée une cohésion de groupe et transmet des valeurs comme la justice ou l’entraide, favorisant le « vivre ensemble ».
- Déclencheur de créativité et d’imagination : Il stimule la pensée symbolique et encourage la recherche autonome de solutions.
2. La posture de l’éducateur spécialisé (ES) face aux contes
- L’ES est un passeur de récits, créant un espace d’expression personnelle et d’ouverture au dialogue.
- Il doit respecter le timing éducatif : choisir le conte adapté au contexte, au groupe, à l’âge et aux besoins.
- L’ES pratique l’écoute active (Karl Rogers) : accueillir sans jugement toutes les émotions exprimées.
3. Contes et publics spécifiques : objectifs et exemples
| Public | Besoins principaux | Contes adaptés | Méthodes complémentaires |
|---|---|---|---|
| Enfants en institution (6-12 ans) | Sécurité affective, gestion des peurs | Petit Poucet, Hansel et Gretel | Dessiner la maison rassurante, écrire ses peurs, boîte à clefs symbolique |
| Adolescents | Reconnaissance, quête identitaire | Jack et le haricot magique | Débats sur l’histoire et la société |
| Adultes en situation de handicap | Inclusion, expression de soi | Boucle d’or | Utilisation de marionnettes, pictogrammes, stimulation active |
| Personnes âgées | Mémorisation, valorisation, transmission | Contes anciens | Raconter à des enfants/ados, renforcer les liens intergénérationnels |
| Personnes en parcours migratoire | Valorisation, liens sociaux, estime de soi | Contes de leur pays | Récits interculturels auprès des adolescents |
4. Intérêts pédagogiques des contes (Blouine & Zondel)
- Favorisent la communication entre adultes et enfants.
- Participent à la construction identitaire.
- Stimulent l’inconscient, l’imagination et la symbolisation.
- Permettent de projeter et de gérer les angoisses, de résoudre les conflits intérieurs.
- Nécessitent une fin heureuse pour sécuriser et canaliser les émotions.
5. Pratique éducative avec le conte : structure recommandée
- Temps d’accueil : installation du cadre.
- Contage : lecture ou narration, avec supports variés.
- Trace du conte : activité post-lecture (dessin, écriture).
- Dépôt symbolique : enfermer les angoisses (ex. boîte à clefs).
- Clôture : rituel de fin pour sécuriser.
Attention : Les rituels de début et de fin sont essentiels pour fixer le cadre et apaiser les angoisses.
6. Lecture et résilience (Léa Souccar)
- Lecture utile : récit avec métaphores reflétant des difficultés, permettant un travail symbolique.
- Risques : un conte trop proche peut provoquer une intrusion dans la vie personnelle.
- Résilience : capacité à surmonter les traumatismes sans les nier, dépendante de :
- Un tuteur de résilience (éducateur valorisant et accompagnant).
- Un environnement socio-culturel favorable.
- L’éducateur est un tuteur de résilience, mais l’équipe entière doit être impliquée pour assurer la continuité.
- Le contenu du conte importe moins que la qualité du lien interpersonnel (entre éducateur et bénéficiaire) et du lien intrapersonnel (entre le bénéficiaire et son vécu).
À retenir : Le conte est un outil puissant dans la relation éducative, à condition d’être utilisé avec un accompagnement adapté et un cadre sécurisant.
Dispositifs thérapeutiques et créatifs autour du conte
1. Dispositifs thérapeutiques autour du conte
Le conte est utilisé comme outil thérapeutique favorisant l’expression, la symbolisation et la résilience chez l’enfant. Il valorise les aptitudes du bénéficiaire et crée un moment de partage réciproque.
a) Principes clés
- Ne pas forcer l’interprétation : respecter le rythme et les émotions de l’enfant.
- Attention aux traumas : collaboration avec un psychologue est nécessaire.
- Adapter le langage au niveau de compréhension et au symbolisme du public.
- Différencier usage éducatif et usage thérapeutique : l’interprétation psychanalytique n’est pas du ressort de l’animateur.
b) Organisation des séances thérapeutiques autour du conte
Les séances se déroulent en plusieurs temps, dans des espaces distincts, pour structurer psychiquement l’enfant :
| Temps | Objectif | Description |
|---|---|---|
| 1. Contage | Favoriser l’écoute et la concentration | Installation en demi-cercle, neutralisation motrice |
| 2. Reprise | Appropriation symbolique | Discussions, dessins, mise en jeu des phases clés |
| 3. Jeu | Mise en situation, compréhension des évolutions | Le groupe incarne les héros, teste ses limites |
| 4. Dessin | Expression graphique individuelle ou collective | Sans consignes précises, favorise les relations intersubjectives |
| 5. Transformation | Modification créative du conte | Changement d’épisodes ou de fin par l’expression écrite |
| 6. Mise en mots | Verbalisation des émotions et réceptivité | Moment essentiel à ne pas écourter |
c) Fonctions basiques du dispositif conte
- Climatique : créer un climat propice à la concentration.
- Contenante : instaurer un sentiment de sécurité et de résonance intime.
- Historicisante : structurer la narration en une succession logique d’événements.
- Créative : développer l’imaginaire et la projection sans perdre la cohérence.
- Signifiante : assurer la cohérence interne des symbolisations mobilisées.
Le conte thérapeutique agit comme un espace ludique et imaginaire, essentiel à l’appareil psychique de l’enfant.
2. Le récit des origines en art-thérapie
Le récit des origines est un dispositif impliquant l’enfant et ses parents, où ces derniers racontent leur vie jusqu’à la naissance de l’enfant. Ce récit est libre dans sa forme et s’appuie sur trois champs théoriques :
| Champ théorique | Apport principal |
|---|---|
| Art thérapie | Articulation littérature-soin |
| Psychanalyse | Conception de la personne comme sujet et relation thérapeutique |
| Résilience | Dispositif de courte durée favorisant l’élaboration psychique |
a) Fonctions structurantes du récit
- Valeur structurante du récit dans la construction identitaire.
- Dimension artistique et improvisation musicale.
- Pratique artistique favorisant l’expression et la symbolisation.
b) Roman familial freudien
- Étape asexuelle : l’enfant imagine des parents idéalisés pour amorcer une séparation psychique.
- Étape sexuelle : l’adolescent réinvente la figure paternelle pour accomplir le désir œdipien.
3. Le conte créatif et ses apports thérapeutiques
Le conte merveilleux, selon Bruno Bettelheim, offre un espace imaginaire sécurisant qui aide l’enfant à intégrer ses traumatismes et à activer sa résilience.
a) Points essentiels
- L’enfant vulnérable accède à un espace imaginaire qui complète l’objet transitionnel.
- Le conte connu sert de repère stable pour intégrer les traumatismes sans déstructuration psychique.
- La perte du jeu symbolique et du pouvoir d’autothérapie est fréquente chez les enfants traumatisés.
- L’action dans le conte devient une lutte contre le mal, procurant un sentiment de bien-être.
Le conte créatif permet de restaurer l’imaginaire et le jeu symbolique, essentiels à la santé psychique de l’enfant.
Les contes animés et cinéma thérapie
1. Évolution des profils dans les contes
- Les profils du héros et de l’héroïne évoluent avec les changements culturels et sociologiques.
- Le pouvoir et la bravoure ne sont plus réservés aux hommes : les héroïnes deviennent actives et aventurières.
- Cette évolution se manifeste par la création de personnages et actions nouvelles.
2. Les 5 points d’ancrage narratifs en thérapie
Le thérapeute utilise ces balises pour structurer le récit :
| Point | Description |
|---|---|
| 1 | Habillage du héros d’identification |
| 2 | Identification et repérage du méchant |
| 3 | Élaboration de la mission du héros |
| 4 | Expulsion et destruction du méchant |
| 5 | Construction de l’autre, dénouement et ouverture sur l’avenir (fin heureuse) |
3. Conte créatif en thérapie individuelle
- Utilisé pour traumatismes existentiels quand l’imaginaire n’est pas détruit par le traumatisme.
- Permet de renforcer l’identité en clarifiant la confusion psychotraumatique.
- Ne consiste pas à utiliser des contes existants, mais à construire collectivement un conte pour mobiliser la symbolisation.
Le conte créatif est un puissant renforçateur identitaire qui aide à dépasser les traumatismes en mobilisant la symbolisation.
4. Cinéma thérapie : principes et objectifs
- Utilisation des films d’animation Disney pour travailler les mêmes composantes que le conte.
- Cherche le « juste levier » adapté à la personne, en fonction de sa disponibilité et motivation.
- Les films d’animation aident à :
- Se construire
- Devenir une personne accomplie en phase avec une mission
- L’animation facilite la distinction entre réel et fictif, créant un espace transitionnel sécurisant.
5. Fonctions de la cinéma thérapie
| Fonction | Description |
|---|---|
| Passer du loisir au bien-être | Enrichissement personnel, identification et résolution de problèmes, connexion aux émotions |
| Moteur du processus | Désir de mieux se comprendre et comprendre les autres |
| Adultes | Favoriser dialogues interpersonnels et interindividuels |
| Enfants | Externaliser les conflits internes, développer les capacités motrices, cognitives, émotionnelles |
| Adolescents | Proposer des films en lien avec leurs préoccupations |
| Familles | Catalyseur d’émotions, rassurer, améliorer communication, créer du lien |
6. Rôles thérapeutiques du cinéma
a) Projection et identification
- Projection : du réel vers l’imaginaire (attribuer au héros ses propres ressentis)
- Identification : de l’imaginaire vers le réel (vouloir agir comme le héros)
b) Connexion aux ressentis
- Le cadre sécurisant du film facilite l’accès aux émotions.
c) Offrir un regard neuf
- Le cadre différent permet de remettre en question les croyances et d’ouvrir à de nouvelles solutions.
d) Stimuler l’imagination
- Favorise créativité et espoir d’un futur positif.
e) Solliciter les intelligences multiples
- Linguistique, visuelle/spatiale, logique, kinesthésique, musicale, intrapersonnelle, interpersonnelle.
f) Créer la communication
- Le film sert de support pour verbaliser ce qui est difficile à exprimer, surtout chez les personnes en difficulté.
g) Travailler sur symboles et métaphores
- Permet d’explorer l’inconscient, mais nécessite du temps et peut ne pas toujours produire de résultats immédiats.
7. Les 3 piliers de la cinéma thérapie
- Partage d’un bon moment ensemble (vivre les apports)
- Créer le dialogue (conscientiser les apports)
- Expérimenter (consolider les apports)
La réussite de la cinéma thérapie dépend d’une bonne communication et d’un lien solide entre le thérapeute et le bénéficiaire, avec un travail en équipe incluant un psychologue.